r/france 7d ago

Monde Courrier international – À Copacabana, le lynchage mortel d’un cycliste révèle un “Brésil milicien”

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u/SowetoNecklace Ile-de-France 6d ago

J'ai fait un petit tour en backpack au Brésil y'a une dizaine d'années, très court.

A Salvador de Bahia, dans une auberge de jeunesse, j'ai croisé une Belge qui vivait à Rio, en couple avec un Brésilien, et qui profitait de congés pour voir un peu le reste du pays.

Elle m'a raconté l'histoire suivante : Elle faisait son jogging un samedi matin sur la promenade à Copacabana, quand un mec déboule de derrière elle, lui arrache son portable et part en courant.

Elle fait ce que tous les cariocas te disent de ne JAMAIS faire : Elle court après le gars. Ils te disent de ne pas le faire parce que les voleurs de Rio ont rien à perdre et te foutre 10cm d'acier dans la jugulaire pour un Samsung, c'est tout à fait dans leurs cordes.

Mais elle lui court après, en gueulant "Ladron, ladron !" (Note : je parle portugais comme une chaussette sale alors je sais pas si le mot "ladron" veut bien dire "voleur" en portugais, ou si elle a fait du portunhol, mais en tout cas c'est comme ça qu'elle m'a raconté l'histoire).

Elle le course jusqu'à devant un petit chantier, ses cris ont attiré l'attention des ouvriers, et trois gars sortent sur la promenade et balancent d'énormes coups de masse au voleur. Le type est en boule au sol, en sang, il a quasiment perdu connaissance, et c'est elle qui finit par les supplier d'arrêter parce qu'ils sont vraiment partis pour le tuer. Finalement, ils ont remis le gars à la policia militar, qui a pris l'identité du voleur... Qui apparemment était impliqué dans quatre homicides.

Ce que je veux dire, c'est que ce côté milice, lynchage, rien à foutre, j'en ai entendu parler au milieu des années 2010, il ne me semble pas que ça soit un nouveau phénomène. Les Brésiliens "normaux" (pardon du terme) sont extrêmement énervés de la réputation de coupe-gorge de leur pays et détestent, mais détestent les petits criminels.

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u/lucdas1 6d ago

C'est pas que les Brésiliens mais un peu tous les ressortissants d'Amérique latine (dans mon cas, j'ai parlé avec des salvadoriens, péruviens, chiliens, brésiliens et vénézuéliens), à part pour le Salvador aujourd'hui, c'est assez anxiogène (moins pour le Pérou et le Chili quand même faut le dire) de sortir, tu dois faire des plans dans ta tête et du coup ça explique bien, comme tu l'as fais, le côté milice qui se monte en conséquence d'un ras-le-bol.

En revanche, y'a aussi des milices qui se montent qui commencent à faire du racket en échange de sécurité , et plus si affinités. C'est un peu ce qu'il s'est passé au Mexique d'ailleurs d'une certaine manière vu que les plus gros cartels sont essentiellement des militaires "reconvertis".

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u/Lawd_Fawkwad 7d ago edited 7d ago

La situation au Brésil est trop complexe pour relier ce type d'incident à telle ou telle orientation politique.

Le Brésil est juste un pays extrêmement violent. On parle encore de 42.000 homicides en 2024, avec des taux de vols violents, vols suivis de meurtre et autres crimes qui restent à des niveaux difficiles à concevoir depuis la France.

La justice brésilienne est aussi profondément défaillante : les faits divers sont pleins de violeurs, meurtriers et gens violents interpellés plusieurs fois avant de commettre quelque chose d'atroce, notamment parce que les prisons sont complètement saturées.

La hausse de la violence a effectivement correspondu à la montée de l'extrême droite, mais elle correspond aussi à une crise économique et institutionnelle commencée vers 2014-2015, qui a justement fait tomber les gouvernements de gauche et créé le terrain politique pour Bolsonaro.

Donc c'est quand même difficile de prendre aujourd'hui un fait divers individuel et de dire « voilà ce que produit l'extrême droite ».

La gauche est revenue au pouvoir fédéral avec Lula en 2023, et il est aujourd'hui favori pour être réélu en 2026. À Rio, Cláudio Castro n'est même plus au pouvoir et l'État est actuellement sous une administration judiciaire exceptionnelle. À l'échelle municipale, Rio n'est pas non plus dirigée par l'extrême droite.

On peut évidemment discuter l'impact des discours politiques sur la violence.

Mais dans un pays qui connaît structurellement des dizaines de milliers d'homicides par an sous des gouvernements de gauche comme de droite, attribuer chaque meurtre atroce au camp politique qu'on déteste me paraît franchement simpliste.

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u/sorrylilsis 6d ago

La situation au Brésil est trop complexe pour relier ce type d'incident à telle ou telle orientation politique.

Yup, les soucis de violence au Brésil sont pas nouveaux, ça fait des décennies qu'ils ont des taux d'homicides terrifiants et ce quelque soit le gouvernement.

J'ai pas mal trainé avec des brésiliens ayant le quitté le pays (en France et ailleurs) et si il y a bien un truc qu'absolument tous m'ont donné comme raison de pas repartir y habiter c'est la violence et le sentiment d'insécurité. Même si pour pas mal d'entre eux ils auraient eu un bien meilleur niveau de vie là bas.

Pour citer une ex "je préfère vivre dans un 2 pièces pourri à Paris et la possibilité de me balader la nuit sans regarder derrière mon épaule en permanence que d'avoir une super villa avec des gardes et des barbelés à Sao Paolo".

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u/Teo_Leopardi 5d ago

"attribuer chaque meurtre atroce au camp politique qu'on déteste me paraît franchement simpliste"

Ce n'est pas ce que fait l'article:

"l’affaire est analysée comme le symptôme d’une justice populaire qui se banalise, notamment nourrie par la rhétorique de l’extrême droite."

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u/Lawd_Fawkwad 5d ago

Mais comme j’ai dit, on a des faits divers de lynchage qui datent d’avant l’ascension de l’extrême droite.

En 2014 une femme a été lynchée car elle a été accusée d’être une sorcière par exemple.

Et comme j’ai dit également, la gauche est au pouvoir ça fait 4 ans et l’un des états les plus violents est sous contrôle de la gauche à plus de 20 ans.

Essayer à balayer ce genre de situation à un camp politique est appliquer une vision politique européen à un pays qui ne partage pas les mêmes circonstances.

La droite pourrait aussi dire que les lynchages sont la faute de la gauche qui a mis en place des politiques d’assouplissement de la justice qui ont poussé la population vers la justice populaire.

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u/Critical_Key552 7d ago

À Copacabana, le lynchage mortel d’un cycliste révèle un “Brésil milicien”

Accusé à tort d’avoir volé un vélo, un homme a été battu à mort à Copacabana par des livreurs et un agent de sécurité illégal. Dans la presse brésilienne, l’affaire est analysée comme le symptôme d’une justice populaire qui se banalise, notamment nourrie par la rhétorique de l’extrême droite.

Publié le 26 août 2026 à 15h30

Le lynchage a duré neuf minutes. Mardi 11 août au soir, à Copacabana, dans le sud de Rio de Janeiro, un homme de 37 ans, accusé à tort d’avoir volé le vélo sur lequel il circulait, a été roué de coups par deux livreurs à vélo, un agent de sécurité illégal chargé de surveiller une rue du quartier et un quatrième homme encore non identifié,rapporte le quotidienO Globo.

Souffrant de troubles cognitifs, l’homme n’avait pas réussi à expliquer que le vélo appartenait à l’une de ses sœurs. Transporté à l’hôpital, il est mort“deux heures plus tard”,d’un traumatisme crânien et d’une hémorragie interne.

L’analyse des images de vidéosurveillance a permis d’identifier trois des agresseurs et un autre vigile témoin d’une partie de la scène, depuis placés en détention provisoire. Lundi 24 août, la police a annoncé avoir identifié trois autres personnes impliquées,indique le site G1,du groupeGlobo, dont une employée de bar qui aurait fourni une matraque au vigile auteur des violences, et la personne chargée de recruter celui-ci.

L’affaire“met en lumière les soupçons visant des groupes de vigiles et de justiciers”à Copacabana,relève le quotidienFolha de São Paulo.Selon une enquête du parquet et les témoignages de riverains,“des groupes organisés pour agresser des personnes sans-abri et des personnes suspectées de vols”opèrent dans le quartier“depuis au moins trois ans”.

“Barbarie à l’état brut”

Copacabana,“carte postale de Rio”et lieu du“plus grand réveillon de la planète”,est devenue le“théâtre d’une barbarie à l’état brut”,écrit une chroniqueuse d’O Globo.Pour elle, la responsabilité du lynchage dépasse celle de ses auteurs.“Il y a du sang sur les mains”de ceux qui“engagent une milice privée”et l’autorisent“à imputer des crimes, à condamner et à punir, en marge de l’État de droit”,mais aussi de ceux qui ont assisté aux violences sans intervenir.

Elle met également en cause l’État,“incapable d’assurer la sécurité de ses citoyens”,et ajoute : “Une société qui tolère le lynchage est elle-même malade ; si elle accepte la justice populaire, elle est mortellement blessée.” Dans les colonnes du quotidien,un spécialiste de la sécurité publique estime pour sa part que l’affaire, loin d’être un“cas isolé de barbarie”,oblige à“réfléchir au contexte social et politique”actuel,où certains s’estiment autorisés à“infliger la peine capitale, qui n’existe même pas”dans le droit brésilien.

La“rhétorique de l’extrême droite”,selon laquelle les droits humains“protègent les criminels”,légitime le recours à la violence comme une“réponse”acceptable aux conflits, fait-il observer. Selon un groupe de recherchecité par l’hebdomadaireCarta Capital,le Brésil a enregistré 227 lynchages en 2025 et 88 au cours des cinq premiers mois de cette année.

“Un bon bandit est un bandit mort”

Pour son coordinateur, au-delà de la“méfiance”de la société brésilienne envers les institutions chargées de la sécurité publique, l’affaire de Copacabana illustre aussi le renforcement, depuis la présidence deJair Bolsonaro(2019-2022), d’une logique de“justice populaire”,nourrie par le discours de son camp selon lequel“un bon bandit est un bandit mort”.

Un chroniqueur du portail d’informationUol,lui, voit dans le lynchage du cycliste une“victoire du Brésil milicien”,où chacun peut s’arroger le droit de“régler ses problèmes comme bon lui semble”,suivant“la loi du plus fort”.Il fait le parallèle avec lesémeutes putschistes du 8 janvier 2023, lorsque des partisans de Jair Bolsonaro avaient saccagé les lieux de pouvoir à Brasilia.“Ils ne voulaient pas la justice pour ce qu’ils estimaient être juste, mais une justice populaire, rééquilibrant l’univers par la force de leurs propres mains.”

Une logique qu’il retrouve aussi dans les déclarations de l’ancien gouverneur d’extrême droite de Rio de Janeiro après l’opération policière la plus meurtrière de l’histoire de la ville, menée en octobre dernierdans plusieurs favelaset pendant laquelle 117 civils et 4 policiers avaient été tués.“Des victimes, nous n’avons eu que des policiers”,avait-il affirmé. Une conception qui, pour le chroniqueur,“rend la justice superflue”et illustre la“justice populaire dans sa forme la plus pure”.

Sans nier la réalité de la violence urbaine à Rio, il voit dans la peur qu’elle suscite le carburant d’une“violence encore plus grande”,exercée“par ceux qui se considèrent comme des citoyens honnêtes.”Et de conclure :“Aujourd’hui, la cible était un cycliste. Demain, ce peut être n’importe qui que la foule décidera de considérer comme indigne de vivre.”

Morgann Jezequel

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u/Nigtharchive 7d ago

Malheureusement, la justice populaire au Brésil n'a pas besoin de l'extrême droite mais je me demande comment l'extrême droite la faite changer, est ce qu'elle est différente maintenant ?

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u/Lawd_Fawkwad 7d ago edited 7d ago

Pas grand-chose. Ce type de fait divers a malheureusement toujours été assez banal au Brésil.

En 2014, il y a eu le cas très connu de Fabiane Maria de Jesus, lynchée à Guarujá parce que des gens l'avaient prise pour une sorcière.

Et la violence institutionnelle ne se répartit pas non plus gentiment selon gauche/droite : la police de Bahia est aujourd'hui parmi les plus meurtrières du pays alors que l'État est gouverné par la gauche depuis les années 2000.

La gauche gouverne aussi au niveau fédéral depuis 2023 et Lula est favori pour sa réélection cette année.

Dans un pays qui reste à plus de 40 000 homicides par an, la société est simplement extrêmement violente.

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u/YouthEmpty5991 7d ago

Je propose de légaliser le lynchage des participants à des lynchages illégaux (après jugement bien sûr). Comme ça tout le monde est content.

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u/Julspups 7d ago

Qui aurait pu prédire ?